A trois ans un enfant est égocentrique, le monde tourne autour de lui.
Chez certains, c'est très marqué, ils bousculent les autres comme s'ils n'existaient pas, ils parlent en même temps que les autres, ignorent parfois totalement les autres. Le coeur de mon travail en première année, c'est la socialisation. Il faut les habituer à l'école et à ses rythmes bien sûr, mais aussi et surtout à vivre et évoluer aux côté d'autres, à connaître de ce fait beaucoup de frustrations, liées aux nombreuses règles imposées par la communauté.
Adulte, je connais parfaitement toutes ces règles de vie.
Mais au fond, je reste profondément égocentrique. Cette affirmation
peut surprendre de la part de quelqu'un dont le quotidien est tourné
vers autrui.
Ce qui me fait dire cela?
Je suis toujours troublée par la richesse de la vie des autres, le fait
qu'ils vivent beaucoup de choses eux aussi. L'impression que des
millions de vies se déroulent et se croisent en même temps.
Intellectuellement je le sais. Mais au fond je ne le réalise pas
vraiment. J'ai du mal à me concevoir comme le personnage secondaire
voire le figurant de la vie d'autrui. Et pourtant... Je suis peut être
une grande enfant?